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ANONYME
Le Portement de croix

Pays-Bas septentrioanux, Leyde
16e siècle (1e moitié)
Vers 1520-1530

Huile sur bois
Hauteur en cm. 94 Largeur en cm. 141
Peinture

Ancienne appartenance : Collection William Rennie ; collection duc de Norfolk ; vente Norfolk, Londres, Christie’s, 14 décembre 1962, n° 40 ; gallerie Hallsborough, Londres ; acquis par le musée en 1965.

Attribué lors de son acquisition à Cornelis Engebrechtsz, l’un des peintres majeurs de l’école leydoise, cet impressionnant tableau aux couleurs chatoyantes fut restitué plus justement à l’école de Leyde par J. Foucart au cours de l’exposition du XVIe siècle européen. Les nombreuses analogies permettent de situer incontestablement cette oeuvre dans la mouvance d’Engebrechtz. Directement issu du maître lui-même, le visage à demi-voilé d’une pleureuse qui apparaît entre les saintes femmes, est la répétititon d’un motif de la Lamentation (Leyde, Stedelijk Museum de Lakenhal, Gibson, fig. 4) exécutée peu avant 1510. Les exagérations maniéristes telle la figure de droite vue de dos en contraposto, sont inspirées du retable de la Crucifixion d’Engebrechtsz (Leyde, Lakenhal, Friedlander, X, pl. 61, n° 71). Enfin le motif du Christ ployé sous la croix est un emprunt à l’une des gravures de la Grande Passion de Dürer (B. 10) alors que les deux Orientaux à cheval, derrière Véronique agenouillée, sont empruntés à une planche de la Petite Passion de Dürer (B. 37). Ces détails auxquels s’ajoute un style dans la plus pure tradition leydoise - coloris vifs appliqués en aplats, netteté presque caricaturale des profils - sont autant de preuves de l’origine du panneau de Douai. Nombreux sont les artistes qui ont travaillé dans l’atelier ou dans la manière de Cornelis Engebrechtsz. Van Mander mentionne les trois fils du peintre : Pieter Cornelisz, Lucas Cornelisz dit De Kock et Cornelis Cornelisz. Van Retgeren Altena (communication écrite 1965) voit dans le tableau de Douai une oeuvre tardive de Cornelis Engebrechtsz. Pellinck (communication écrite 1966) l’attribue plus prudemment à l’un de ses fils. J. Bruyn (op. cit. 1969) propose Cornelis Cornelisz comme auteur du panneau de Douai, considérant que celui-ci pourrait être le Portement de Croix décrit par Van Mander bien que les deux larrons dans le texte n’y figurent pas. Walter Gibson (Gibson, 1970) a tenté d’élargir le cercle d’Engebrechtsz à d’autres personnalités. Il attribue à une même main une Descente de croix du Landesmuseum de Münster et la Montée au Calvaire de Douai groupant les deux peintures sous le nom du Maître du Portement de croix de Douai, artiste anonyme qui se distingue par ses types de visages très particuliers au menton pointu. Il réunit sous le nom de Maître de la Répudiation d’Agar une série de peintures, autour de la Répudiation d’Agar du musée de Vienne. Le Portement de croix, acquis par le musée du Louvre en 1993 a été ajouté à ce groupe. Bien que ces attributions restent extrêmement arbitraires et qu’il soit difficile aujourd’hui d’individualiser catégoriquement ces maîtres anonymes, il se dégage de ces différentes peintures des caractères communs qui définissent le panorama leydois vers les années 1520-1530. Aux couleurs pures appliquées en aplats à la manière de Lucas de Leyde, s’ajoute l’influence du maniérisme anversois dans l’affectation des figures et dans un penchant pour les accoutrements bizarres. S’y mèle un goût du paysage aux lointains bleutés dans la tradition de Patenir. Il s’en dégage une peinture raffinée et colorée, typique de ce maniérisme tardo-gothique qui se développe aux Pays-Bas dans la première moitié du 16e siècle. Une copie ancienne du tableau de Douai est passée en vente (Armentières, Hôtel des Ventes, 19 novembre 1995, n° 18), ce qui prouve l’importance de l’oeuvre en son temps. Françoise Baligand

Douai, Musée de la Chartreuse
Numéro d'inventaire : 2815