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ANONYME
L'Annonciation, l'Adoration des Bergers et l'Adoration des Mages
Triptyque
rectos et versos séparés des deux volets d'un triptyque

Allemagne, Rhin inférieur (Cologne ?)
Vers 1520-1530
1520

Huile sur bois
Hauteur en m. 1,625 Largeur en m. 0,803 (chaque panneau)
Peinture

Ces quatre panneaux n'en formaient que deux à l'origine, puisqu'ils ont été sciés dans l'épaisseur après leur arrivée au musée en 1878, selon une malencontreuse pratique abandonnée depuis. Adoration des Bergers formant le revers de la Vierge de l'Annonciation, et l'Adoration des Mages le revers de l'Ange, ils constituaient les volets d'un triptyque dont le centre est perdu. L'Annonciation était visible lorsque le retable était fermé. Elle se déroule dans un intérieur domestique, selon un schéma fréquent dans la peinture flamande du 15e et du début du 16e siècle. Les deux panneaux voient en effet se développer un espace unique et symétrique axé sur la fenêtre centrale, placée derrière le motif traditionnel du banc aux coussins. Devant la porte close qui est au Moyen Age, dans de nombreux textes, un symbole de la virginité mariale, l'ange plie le genou en saluant et bénissant de la main droite, autour de laquelle le phylactère développe les mots " Ave gracia plena, dominus tecum " (" Salut à toi, pleine de grâce, le Seigneur soit avec toi ", Luc 1, 28). Non loin du lit qui occupe l'angle gauche, la Vierge est surprise dans sa lecture pieuse, et se tourne en un geste qui correspond à l'acceptation respectueuse de celle qui se veut la " servante du Seigneur " (Luc 1, 38). La colombe du Saint Esprit plane au-dessus d'elle dans une sphère lumineuse. Un texte sur un feuillet, une carafe et trois livres placés sur une étagère, à droite, forment une petite nature morte correspondant au goût des primitifs flamands pour l'observation naturaliste des objets de la vie quotidienne et des intérieurs bourgeois. Le volet gauche, visible lorsque le retable était ouvert, présente une Adoration des Bergers dans une architecture en partie ruinée, et vue dans une perspective en accord avec sa position à gauche. Ce sont en fait sept anges, dont l'un est couvert d'un somptueux brocart, la Vierge, et deux bergers qui sont réunis en prière et en adoration autour de l'enfant, Joseph se tenant en retrait. Le lit de l'enfant est représenté comme un autel, et le petit drap est analogue au corporal, le carré de tissu sur lequel le prêtre dépose l'hostie qui deviendra le corps du Christ pendant la cérémonie de l'eucharistie. Selon un symbolisme qui n'est pas rare, le corps de l'enfant Jésus est déjà présenté comme celui du sacrifice à venir. L'architecture est formée d'arcs en plein cintre, et les pilastres, les chapiteaux, les caissons des berceaux, et le bloc à terre au premier plan n'appartiennent pas au monde gothique mais à la Renaissance. A travers les arcs, dont la perspective est traitée de façon bien maladroite, apparaissent à gauche une gerbe de blé, l'âne et le boeuf, et au fond l'Annonce aux bergers. L'Adoration des mages du volet droit se tient dans une architecture analogue, couverte d'une voûte d'arêtes ruinée, au-dessus de laquelle l'étoile s'est arrêtée. L'axe de la perspective correspond à un volet gauche, et la composition a dû être copiée par notre peintre qui n'a pas su l'adapter à sa situation à droite. Le cortège des mages occupe l'arrière-plan, et si l'homme placé derrière la Vierge est à identifier à Joseph, il faut sans doute voir un autoportrait de l'artiste dans l'homme situé derrière le pilier, à gauche. L'oeuvre est d'un peintre qui fait la synthèse d'influences diverses, pour un résultat qui reste bien inégal. L'Annonciation reprend un schéma que l'on trouve dans la peinture flamande. On l'observe, inversé, et dans une oeuvre autrement plus raffinée, chez Joos Van Cleve (New York, Metropolitan, Annonciation, vers 1525), mais on en trouve un exemple très proche de nos panneaux dans les volets d'un retable colonais du Maître de la légende de saint Georges (Cologne, Musée Wallraf-Richartz, vers 1490). Pour l'Adoration des Mages, la gravure de Schongauer a servi de modèle lointain pour le groupe central et pour le cortège à cheval dominé par les oriflammes marquées du croissant et des étoiles. On a pu rapprocher le mage noir, à droite, de celui de l'Adoration des Mages de Dürer (Offices, 1504). Mais la position des jambes le situe bien plus près de l'oeuvre de l'atelier de Gérard David (New York, Metropolitan, vers 1520). Notre panneau doit surtout beaucoup, pour les personnages, au panneau de Bartholomaüs Bruyn l'Ancien (Cologne, Musée Wallraf-Richartz, vers 1515-1520). Notre peintre simplifie considérablement la composition de l'oeuvre de Bruyn, mais il en reprend directement l'attitude de la Vierge à l'enfant et des rois mages, et même celle de Joseph. L'exécution des personnages n'est cependant pas comparable à la facture précise et convaincante de Bruyn, et se situe plus dans des courants plus modestes du Rhin supérieur et des Flandres à la même période. Certaines formules utilisées pour le cadre architectural viennent de l'art de Dürer, ainsi les planches posées en hauteur, pour suggérer la profondeur spatiale, et qui sont une influence du Retable Paumgartner (Munich, Ancienne Pinacothèque, 1502-1504). Mais les deux monuments, tant dans leur forme générale que dans leur système décoratif, sont avant tout repris des maniéristes anversois des années 1515-1520. On peut comparer les panneaux de Lille à l'architecture du Triptyque de la Nativité de Jan de Beer (Cologne, Musée Wallraf-Richartz, vers 1520), et d'une manière encore plus nette à celle d'une Nativité d'un anversois anonyme (Cologne, Musée Wallraf-Richartz, 1516). Mais l'oeuvre lilloise ne reprend que ces types architecturaux et décoratifs, sans la dextérité générale de ces peintres, et elle ne porte pas non plus la marque des italianisants et romanistes des années 1540-1550. Elle pourrait donc être l'oeuvre d'un peintre du Rhin inférieur, peut-être colonais travaillant vers 1520-1530, qui connaît l'oeuvre de Bruyn et est marqué par l'influence flamande. Christian Heck

Lille, Palais des Beaux-Arts
Numéro d'inventaire : P 757, P 761, P 752, P 754