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ANONYME
GODEFROY de Huy (Ancienne attribution)

Pied de croix de Saint-Bertin

Meuse
12e siècle (4e quart)
vers 1775-1780

Cuivre doré, fondu, ciselé, gravé, émaux champlevés
Hauteur en cm 31.5, Diamètre de la base en cm. 22.5, Diamètre maximal en cm 29.5
Objet d'art

Oeuvre insigne provenant de l'ancienne abbaye de Saint-Bertin, le pied de croix était considéré, jusqu'à une date récente, comme une copie réduite de la croix que l'abbé Suger avait fait réaliser par des orfèvres pour son abbaye de Saint-Denis. Le pied de croix de Saint-Bertin devait être surmonté, à l'origine, par une grande croix qui s'adaptait dans le tenon visible à la partie supérieure. La base est hémisphérique, ornée tout autour d'un disque ajouré à motifs végétaux, sur lesquels sont assis les quatre évangélistes, traités en ronde-bosse, et qui servent également de supports au pied de croix. Les Evangélistes sont identifiés par leurs symboles placés au-dessus d'eux, à la jonction entre la base et la colonne carrée qui supporte le chapiteau de la partie supérieure. Saint Luc figure au-dessous du taureau ailé. Il écrit, courbé sur son pupitre. Saint Matthieu cesse son travail d'écriture et se retourne vers l'ange qui s'adresse à lui. Marc est en attitude de méditation, le coude posé sur son pupitre. Jean se retourne vivement. Sur les livres ouverts, placés sur les pupitres de trois évangélistes, sont gravés quelques mots tirés des Evangélies et relatifs à la Crucifixion. Le chapiteau qui occupe la partie supérieure est orné de feuillages et de fruits grenus. On y découvre quatre personnages en buste. D'eux d'entre eux s'identifient grâce à leurs inscriptions et à leurs attributs : la Terre (Terra) est une femme qui tient une bêche à la main, et la Mer (Mare) a la forme d'un homme qui tient un poisson. Ces deux symboles constituent une allusion au caractère divin de la Rédemption. La troisième figure lève les bras vers le ciel, et tient un phylactère qui ne contient pas d'inscription. La dernière représente un homme tenant un petit dragon. Ces figures sont aujourd'hui identifiées, pour la première, à l'image du centurion Cornelius qui proclama la divinité du Christ, et, pour la seconde, à une représentation de l'Abîme, symbole du mal. Le naturalisme des figures se double d'un aspect antiquisant. Les scènes émaillées de la base et celles qui occupent les quatre plaques verticales sur le fût de la colonne confirment le côté très recherché de l'iconographie. La technique utilisée est celle de l'émail champlevé sur cuivre doré, technique romane par excellence qui se développa dans toute l'Europe au 12e siècle. Les scènes sont tirées de l'Ancien Testament, et constituent des préfigurations de la Crucifixion. Sur la calotte hémisphérique de la base figurent Moïse dans le désert, frappant le rocher d'où jaillit l'eau (Exode, 17/6), Moïse et le serpent d'airain (Nombres, 21/8), symbole de la Rédemption, Jacob bénissant les fils de Joseph, Ephraïm et Manassé (Genèse, 48/14), le signe du Tau qui sauva les hébreux par le sang de l'agneau (Exode, 12/7), et qui préfigure le sacrifice du Christ. Sur la colonne, sont représentés Kaleb et Josué ramenant la grappe de raisin de la terre de Canaan (Nombres, 13/23), Elie et la veuve de Sarepta (Rois, 17/10), Aaron marquant le signe du Tau sur le front des israëlites (Ezéchiel, 9/4) et Isaac portant le bois du sacrifice (Genèse, 22/6), qui sont autant d'allusions au sang et au corps du Christ, ou au bois de la croix. Cette oeuvre exceptionnelle fut attribuée à Godefroy de Huy, grand émailleur de la fin du 12e siècle. Les oeuvres connues à ce jour de ce maître ne permettent pas de considérer qu'il fut l'auteur du Pied de croix de Saint-Bertin. Les spécialistes contemporains considèrent, en fonction d'éléments techniques et esthétiques, que cette oeuvre fut réalisée aux alentours de 1175-1180. Cette période fut pour l'abbaye de Saint-Bertin une période d'embellissement liée aux libéralités de l'abbé Simon II (1177-1186). Le Pied de croix échappa aux destructions révolutionnaires. Il aboutit chez un horloger de Saint-Omer, qui longtemps l'exposa dans la vitrine de sa boutique. Il accepta, en 1838, de le revendre à la Ville, et l'oeuvre fut considérée avec raison, dès l'ouverture du musée en 1904, comme le chef-d'oeuvre des collections audomaroises. Sources de la représentation : Ancien Testament (Exode, 12/7, 17/6 ; Nombres, 13/23, 21/8 ; Genèse, 22/6, 48/14 ; Rois, 17/10 ; Ezéchiel, 9/4)

Crédits photographiques : © Saint-Omer, musée de l'hôtel Sandelin, YB/M3C, © P. Beurtheret

Saint-Omer, Musée de l'Hôtel Sandelin
Numéro d'inventaire : 2800 bis

Date d'acquisition : 1838