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ANONYME
Il Carnevale di Venezia, Bacchanalia Venetorum, Le Carnaval de Venise
L’Italie illustrée en CXXXV figures en tailles douces
Planche 104

papier vergé filigrané (eau-forte)
Hauteur en mm 388 ; largeur en mm 500 (feuille) ; Hauteur en mm 320 ; largeur en mm 412 (cuvette)
Inscription : Titre en bas au milieu : "Il Carnevale di VENEZIA. BACCHANALIA VENETORUM Le Carneval de VENISE.", gravé dans le dessin.
Arts graphiques, Estampe

Ancienne appartenance : Sébille Yves, Bruxelles

De cette estampe, encore non averti, nous écrivions dans un premier temps : Cette gravure permet de se faire une idée de la richesse et de la diversité des déguisements vénitiens populaires au XVIIe siècle, avant que la noblesse et la haute bourgeoisie n’aient figé à leur profit des déguisements convenus, repris il y a une vingtaine d’années lors de la résurrection du carnaval de Venise. Au premier plan de gauche à droite : un combat de masques avec des épées de bois et intervention d’un « behourdeur » dont la lance est soigneusement emboulée. Un « bœuf » fouette les passants. Ce rite de fustigation, encore très présent dans les carnavals agraires européens, a totalement disparu à Venise. Trois Hommes sauvages couronnés de feuilles et s’accompagnant au luth entonnent une polyphonie. Un homme avec sa brouette rappelle que le carnaval donnait lieu à la corsa delle carriole… Mais celle-ci ne fut inventée qu’en 1752. Arlequin triomphe, tenant en main sa batte en façon de sceptre. Un des masques qui le suit esquisse un geste obscène en faisant sortir d’entre ses jambes un bâton. En fait, la quasi-totalité des personnages sont empruntés par ce graveur du XVIIe siècle au recueil de son prédécesseur. Il s’est contenté de disposer sur la place Saint-Marc, en une procession purement fictive, les déguisés que Bertelli avait croqués un à un avec soin. On comprend mieux aussitôt l’aspect compassé de ce carnaval, ou, pourrions-nous dire, de ce défilé. Tous vont dans le même sens et aucun contact ne semble établi entre les divers groupes. On peut supposer que, comme bien souvent dans les ateliers d’artistes, on constituait une bibliothèque et que, lors d’une commande, il était somme toute bien plus simple de piller ses aînés que de se rendre sur le terrain. Certes, le procédé n’est pas nouveau, pas plus en art qu’en ethnologie… Pour l'histoire, Rabelais nous décrit le travail de ceux qui la font, consultant « Ouy-dire tenant école de témoigneries », c’est-à-dire décrivant des situations et des pays qu’ils ne virent jamais. Une étude des sources d’une bonne partie des documents que nous présentons n’en ferait apparaître que rarement d’originaux. On ne saurait les citer comme témoins ethnographiques qu’avec beaucoup de prudence. (Gaignebet Claude in Les Triomphes de carnaval, catalogue d’exposition, Gravelines, Musée du Dessin et de l’Estampe Originale, 2004, n° 2, pp. 13)

Crédits photographiques : © musée de Gravelines - reproduction interdite.

Gravelines, Musée du dessin et de l'estampe originale
Numéro d'inventaire : 2002.09.0277

Date d'acquisition : Acquis avec l'aide du Fonds régional d'acquisition des musées (FRAM) Nord - Pas-de-Calais en 2002